Présentation du cycle de cours :


Ce cycle de cours propose une traversée approfondie et accessible de l’histoire des images bouddhiques, depuis les premières formes symboliques de l’Inde ancienne jusqu’aux élaborations spatiales et méditatives de la Chine médiévale. Loin d’une simple histoire stylistique, il s’agit d’interroger la manière dont les images traduisent, accompagnent et transforment les conceptions doctrinales, cosmologiques et spirituelles du bouddhisme au fil de ses circulations en Asie.

Le point de départ est l’aniconisme des débuts du bouddhisme, souvent interprété comme une absence d’images mais qui apparaît ici comme un langage visuel sophistiqué. Trônes vides, empreintes, roues ou arbres de l’éveil ne sont pas de simples substituts décoratifs : ils expriment une conception spécifique de la présence du Buddha et de son enseignement, ainsi qu’une relation particulière entre visible et invisible. Cette première étape permet de poser les bases historiques, géographiques et intellectuelles d’un « monde indianisé ».

Nous aborderons ensuite l’émergence progressive de la figuration humaine du Buddha, en Asie centrale et dans l’Inde du Nord-Ouest. Loin de constituer une rupture brutale, cette apparition est analysée comme une reconfiguration des modes de pensée et de représentation, nourrie par des contextes culturels pluriels. Les ateliers de Mathurā et du Gandhāra témoignent d’un dialogue fécond entre traditions indiennes, influences gréco-bactriennes et canons esthétiques locaux, donnant naissance à des images à la fois naturalistes et profondément doctrinales.

Une attention particulière sera ensuite portée aux apports de la Sérinde, carrefour décisif des routes de la soie. Textes, traducteurs et images y participent à l’élaboration de formes complexes, telles que les « buddhas cosmiques », dont les halos, mandorles ou vêtements deviennent de véritables supports de discours cosmologique. L’étude de ces images met en lumière les débats savants sur leur interprétation – Buddha historique ou Buddha cosmique comme Vairocana – et invite à réfléchir à la circulation des formes, à la transformation de leur sens et à la frontière parfois ténue entre « figure » et « portrait » en histoire de l’art.

Enfin, ce cycle s’achèvera par l’analyse de la Chine médiévale, où l’image s’inscrit dans une véritable spatialisation de la spiritualité. Les terres pures (buddhakṣetra) et les espaces rituels et méditatifs (bodhimaṇḍa) montrent comment la cosmologie bouddhique se matérialise dans l’organisation des images et des lieux. L’iconographie devient alors un outil de transformation intérieure, permettant au pratiquant de rendre présent le panthéon bouddhique et de progresser mentalement vers les états de bodhisattva et de buddha.

Offrant un parcours cohérent, ce cycle s’adresse à toute personne intéressée par l’histoire de l’art, les religions de l’Asie et les liens entre image, pensée et pratique spirituelle. Il offre des clés de compréhension essentielles pour saisir comment, d’un espace à l’autre et d’une époque à l’autre, les images bouddhiques ont façonné des manières de voir, de penser et d’habiter le monde.

Dates et thèmes des séances :
du 6 juin au 27 juin, 4 samedis 10h à 12h


Séance 1 : le 6 juin - Aniconisme et historiographie du monde indianisé 

Après une mise en perspective des contextes géographique, historique et doctrinal de l’Inde ancienne, ce cours s’attachera à l’étude de l’aniconisme comme mode privilégié de représentation dans les premiers temps du bouddhisme. Loin de constituer une absence d’images, l’aniconisme renvoie à un système symbolique complexe, fondé sur des signes substitutifs (trône vide, empreintes, roue du Dharma ou arbre de l’éveil) qui traduisent une conception particulière de la présence du Buddha et de son enseignement. 


Séance 2 : le 13 juin - La figuration humaine et les itérations bouddhiques d’Asie centrale 

Ce thème se concentrera sur l’émergence progressive de la figuration anthropomorphe du Buddha, envisagée non comme une rupture radicale mais comme une reconfiguration des modes de pensée et de représentation au sein du bouddhisme ancien. À partir des contextes culturels et philosophiques de l’Inde du Nord-Ouest, nous examinerons comment les ateliers de Mathurā et du Gandhāra ont élaboré des formes naturalistes intégrant des canons esthétiques locaux et des influences gréco-bactriennes. 


Séance 3 : le 20 juin - Les apports de la Sérinde : textes, traducteurs et iconographie 

Il existe une forme de représentation ancienne que l’on désigne communément par l'expression de « buddha cosmique » pour désigner des figures dont la mandorle, le halo ou le vêtement sont recouverts d’images plus petites se référant au discours cosmologique des textes bouddhiques. Ces buddhas, qu’on trouve aussi bien en Sérinde dès le Ve siècle qu’en Chine du VIe au VIIIe siècle, divisent les chercheurs qui tendent traditionnellement à les associer soit aux portraits du Buddha historique dans le bouddhisme hīnayāna ou bien à ceux du buddha Vairocana dans le bouddhisme mahāyāna. Ce débat savant soulève la question de l’évolution des images dans l’espace et le temps, de leur interprétation et de la mince frontière qui sépare « figures » et « portraits » dans le vocabulaire spécialisé de l’histoire de l’art. 


Séance 4 : le 27 juin - La spatialisation des « terres pures » dans le bouddhisme chinois 

A partir du VIe siècle, en Chine, on observe que l’aménagement des images dépend d’une spatialisation, faite en amont, de la spiritualité elle-même. Cette spatialisation est celle des buddhakṣetra (« terres de buddhas »), c’est-à-dire un espace de la cosmologie bouddhique dans lequel réside et enseigne un buddha et qu’il convient de percevoir grâce à la méditation. Cette conception est retranscrite, d’un point de vue iconographique, dans le cadre des pratiques méditatives qui ont lieu dans un bodhimaṇḍa , c’est-à-dire un lieu calme et décoré d’un ensemble approprié. Il s’agit d’un espace physique dans lequel le croyant invoque la présence du panthéon bouddhique grâce aux représentations imagières qui lui permettent d’atteindre mentalement les états de bodhisattva, puis de buddha.

Adhésion obligatoire à l’IEB pour suivre ce cycle


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Ces cours est fermé aux inscriptions.

L'enseignant :

Christophe Decoudun, Maître de conférences à l’Institut Catholique de Paris, Docteur en histoire de l’art et archéologie de l’Extrême-Orient à Sorbonne Université, Ingénieur de recherche au sein du projet scientifique intitulé "Imperialism at the edge: Central Asian empires on the borderlands during Antiquity" auprès de l’Agence nationale de la recherche (ANR), Lauréat du « prix Flora Blanchon » de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Bibliographie de l'intervenant

. « Chaudron rectangulaire en bronze décoré de quatre masques anthropomorphes en relief du XIIIe-XIe siècle av. J.-C., Dynastie Shang (env. 1570 à 1045 av. J.-C.) », in Étienne Anheim, Laurence Bertrand Dorléac et Charlotte Guichard (dir.), Nouvelles Histoires de l’art, Paris, Édition du seuil, 2026.

. « Les croyances traditionnelles sous les Tang », in La Chine des Tang. Une dynastie cosmopolite, MNAAG, Paris, 2024.

. « Blanc de Chine 中国白 », in Blanc d’étoiles. Porcelaines de Dehua, des Ming aux Qing, Paris, LIENART éditions, 2022.

Arts bouddhiques, bibliographie générale

Sous-continent indien 


- BAUTZE-PICRON Claudine, « The Universal Compasionate Bodhisattva: Miscellaneous Aspects of Avalokitasvara/ Avalokiteśvara in India », Silk Road Art and Archaeology, vol. 10, 2004, p. 225-290. BEGUIN Gilles, L’art Bouddique, Paris, Editions du CNRS, 2009.

- CELLI Nicoletta, Le Bouddhisme, Paris, Hazan (Guide des Arts), 2007 [présentation générale avec beaucoup d’illustrations d’oeuvres d’art]. 

- CUMMINGS Mary, The Lives of the Buddha in the Art and Literature of Asia, Ann Arbor, Center for South and Southeast Asian Studies, University of Michigan, 1982 [la premičre partie de ce livre traite des Jātaka].

- ZÉPHIR Thierry (dir.), Bouddha, la légende dorée, Paris, Lienart/Musée national des arts asiatiques Guimet, 2019 [catalogue d’exposition qui propose une bonne introduction à l’art bouddhique et aux représentations de la vie légendaire du Buddha]. 

.
Asie centrale 


- Sérinde, Terre de Bouddha. Dix siècles d'art sur la Route de la Soie
, Catalogue d'exposition, Galeries nationales du Grand Palais, Paris, 24 octobre 1995-19 février 1996, (Paris : 1995.)

- BRANCACCIO Pia, Kurt BEHRENDT (ed.), Gandhāran Buddhism: Archaeology, Art, Texts, Vancouver, UBC Press, 2006. 

- BUSSAGLI Mario, L'Art du Gandhara, LGF - Livre de Poche, « La Pochothèque », 1996. JONGEWARD, David, Buddhist Art of Gandhara in the Ashmolean Museum, Oxford : Ashmolean Museum Press, 2019.

- RHIE Marylin Martin, Early Buddhist Art of China and Central Asia, Volume 1 Later Han, Three Kingdoms and Western Chin in China and Bactria to Shan-shan in Central Asia, Leyde, Brill, 1998. 

- RHI Juhyung, « Bodhisattvas in Gandhāran Art: An Aspect of Mahāyāna in Gandhāran Buddhism », in Pia BRANCACCIO & Kurt BEHRENDT (ed.), Gandhāran Buddhism: Archaeology, Art, Texts, Vancouver, UBC Press, 2006, p. 151-182.

- SCHERRER-SCHAUB Cristina, « Le roi indo-grec Ménandre discuta-t-il avec les philosophes bouddhistes ? », dans Pierre Leriche (dir.), Art et civilisations de l’Orient hellénisé : Rencontres et échanges culturels d’Alexandre aux Sassanides, Hommage à Daniel Schlumberger, Paris, Picard, 2014, p. 167-171. 


Monde chinois 


- CHEN Kenneth K.S., Histoire du bouddhisme en Chine, Les Belles Lettres, 2015.

- DUNHUANG WEN WU YAN JIU SUO, Le trésor de Dunhuang : dix siècles d’art de la Chine, Fribourg,Office du livre, 1983. 

- DUAN Wenjie, SHI Weixiang, YE Wenxi, Les Fresques de Dunhuang, Pékin : Comité de rédaction de 5000 ans d'art chinois, « 5000 ans d'art chinois », 2 vols., 1989