Présentation du cycle de cours :
Qui sont les ngakpa ou "tantristes" tibétains, parfois appelés "yogi" en Occident ? Cette forme de vie spécifique a-t-elle perduré au Pays des neiges jusqu’à aujourd’hui, et si oui comment ? À travers le monde bouddhique, le moine apparaît comme la figure religieuse par excellence. Au Tibet, parallèlement à cette "voie royale" du monachisme, existe toutefois la voie du ngakpa : un religieux "maître de maison" fortement spécialisé dans la pratique tantrique, la "voie des mantras".
Les ngakpa constituent le plus souvent des lignées familiales, de père en fils. La plupart de ces lignées sont plutôt isolées, mais dans certains contextes (sociétés culturellement tibétaines de l’Himalaya, ou la région de l’Amdo, dans le nord-est tibétain) on trouve de fortes concentrations locales de telles lignées, avec ce qu'il convient d'appeler des communautés villageoises de tantristes. Le tantriste est une figure religieuse atypique pour le bouddhisme, où la voie religieuse est généralement synonyme de renoncement à la vie de maison. C’est aussi une figure fortement associée au pouvoir rituel, à la pratique des mantras, à l’exorcisme puissant...
Cette série de cours nous introduira à cette figure religieuse singulière et au caractère particulier qu’elle confère au champ religieux tibétain. À travers des exemples de rituels clés pour les communautés où ils sont pratiqués, nous pourrons mieux cerner les contours de cette figure et la place qu’elle prend dans les sociétés tibétaines jusqu’à nos jours. Enfin, nous verrons que, depuis le début du XIXe siècle, une figure de pratiquante féminine (ngakma) émerge fortement dans le nord-est tibétain.
Dates et thèmes des séances :
les samedis de 10h à 12h
Séance 1 – 7 novembre – Le tantriste (ngakpa) : introduction à une figure singulière dans le champ religieux tibétain.
Cette séance introductive présentera la figure de ce religieux non-monastique, maître de maison, fortement spécialisé dans la pratique tantrique – notamment à travers le contraste avec la figure paradigmatique du religieux bouddhiste qu'est le moine.
Séance 2 – 21 novembre – "L'écrasement des démons" (sinön) : une communauté de tantristes tibétains à travers le prisme d'un rituel d'exorcisme clé.
Dans la société tibétaine, les tantristes apportent avant tout aux autres des services rituels ; on fait appel de préférence à eux (plutôt qu'à des moines) quand il y a besoin d'un fort pouvoir rituel, comme pour des exorcismes puissants. Cette conférence présente une communauté villageoise de tantristes du nord du Népal, marquée par l'importance toute particulière accordée à un exorcisme violent, "l'écrasement des démons" (tib. sinön).
Séance 3 – 5 décembre – Zhitro, la "grande assemblée des divinités paisibles et courroucées" : vicissitudes d'un rituel fédérateur en Amdo (nord-est du Tibet).
Le district de Repkong, en Amdo (nord-est du Tibet), est marqué par un nombre exceptionnel de tantristes. À travers les vicissitudes connues depuis les années 1940 par une assemblée rituelle annuelle à caractère fédérateur, le Zhitro, cette conférence nous permettra de découvrir une forme importante de pratique rituelle collective ainsi que les enjeux religieux et sociaux dans lesquels elle s'insère.
Séance 4 – 19 décembre – La pratique tantrique au féminin : l'émergence massive de pratiquantes ngakma parmi les tantristes en Amdo (nord-est du Tibet).
Au moins depuis le début du XXe siècle, mais de façon particulièrement frappante depuis le début du XXIe, le district de Repkong (Amdo, nord-est du Tibet) a vu l'émergence d'une nouvelle catégorie de pratiquantes religieuses : les ngakma, sorte d'équivalents féminins des tantristes ngakpa. Or cette dernière catégorie a toujours été fondamentalement masculine dans le monde tibétain… Reste qu’aujourd'hui, certaines communautés villageoises du Repkong voient le nombre de ngakma dépasser celui des ngakpa : un puissant changement religieux, qui se heurte toutefois à des hiérarchies de genre persistantes.
Dates des séances :
(Tous les cours passés sont visionnables en replay sans limite dans le temps)
- Séance 1 – 7 novembre – Le tantriste (ngakpa) : introduction à une figure singulière dans le champ religieux tibétain.
- Séance 2 – 21 novembre – "L'écrasement des démons" (sinön) : une communauté de tantristes tibétains à travers le prisme d'un rituel d'exorcisme clé.
- Séance 3 – 5 décembre – Zhitro, la "grande assemblée des divinités paisibles et courroucées" : vicissitudes d'un rituel fédérateur en Amdo (nord-est du Tibet).
- Séance 4 – 19 décembre – La pratique tantrique au féminin : l'émergence massive de pratiquantes ngakma parmi les tantristes en Amdo (nord-est du Tibet).
Ouverture des inscriptions le 1er septembre 2026
L'enseignant :
Anthropologue spécialiste du bouddhisme, Nicolas Sihlé a d'abord enseigné au département d'anthropologie de l'Université de Virginie (États-Unis), puis a rejoint le CNRS en 2010. Il a été directeur du Centre d’études himalayennes (2019-2022) et est aujourd'hui chargé de recherche au Centre d’études sud-asiatiques et himalayennes. Ses travaux ont porté en particulier sur les tantristes tibétains, spécialistes non-monastiques des rituels tantriques. Il est l'auteur de Rituels bouddhiques de pouvoir et de violence : La figure du tantriste tibétain, le seul ouvrage consacré aux tantristes tibétains en langue occidentale. En parallèle, il travaille sur les ritualités bouddhiques de façon plus générale et comparative. Il dirige un séminaire d’anthropologie du bouddhisme à l’EHESS.
Bibliographie de l'intervenant
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Rituels bouddhiques de pouvoir et de violence : La figure du tantriste tibétain. Biblio-thèque de l’École des Hautes Études – Sciences religieuses 152. Brepols, 2013.
Le seul ouvrage publié en langue occidentale sur les ngakpa tibétains.
- “Why Hair Needs to Be Long: Religious Identity, Embodied Divinity and Power among the Repkong Tantrists (North-East Tibet).” Ateliers d’anthropologie, num. 45, 2018.
Sur un caractère marquant de la culture matérielle et religieuse des tantristes : leurs cheveux longs (au Repkong, souvent des dreadlocks).
Autres auteurs
- Joffe, Ben, « The White-Robed, Dreadlocked Community: Dr Nida Chenagtsang’s Introduction to and Defense of the Ngakpa Tradition ». A Perfumed Skull (blog), mai 30, 2017. https://perfumedskull.com/2017/05/30/the-white-robed-dreadlocked-community-dr-nida-chenagtsangs-introduction-to-and-defense-of-the-ngakpa-tradition/.
Un billet de blog d'un anthropologue et disciple d'un maître de médecine tibétaine : une introduction et une défense (en quelque sorte "de l’intérieur") de la tradition des ngakpa.
- Ramble, Charles, « The Lamas of Lubra: Tibetan Bonpo Householder Priests in Western Nepal ». Thèse de doctorat (DPhil), University of Oxford, 1984. Une des premières thèses sur les tantristes tibétains, centrée sur le cas d'une communauté villageoise de tantristes de la tradition bön, et de l'inscription socio-économique de ces religieux dans la société locale.